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Conférence · Micro-Folie de Rueil-Malmaison · 10 octobre

Aux origines de notre mode : pourquoi on a toujours réparé nos vêtements

Samedi 10 octobre, à la Micro-Folie de Rueil-Malmaison, nous avons ouvert le cycle de conférences « Notre mode » avec un premier rendez-vous : « Aux origines de notre mode ». Une heure et demie pour remonter le fil, au sens propre, d'un objet que nous portons tous les jours sans jamais nous demander d'où il vient : le vêtement.

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La conférence, organisée avec la Maison des arts et de l'image de la Ville de Rueil-Malmaison, partait d'une conviction simple : la mode nous habille, et chaque fil a son histoire.

Voici, pour celles et ceux qui n'ont pas pu venir, le fil rouge de ce que nous y avons raconté, et ce qu'il dit de notre façon, aujourd'hui, de réparer.

La mode n'a pas toujours existé : d'où vient-elle vraiment ?

On pense souvent que la mode est aussi vieille que le vêtement. C'est faux. S'habiller est un besoin ; suivre la mode est une invention. Pendant des siècles, on portait ce que sa condition, sa région et son métier permettaient de porter, et les formes changeaient à peine d'une génération à l'autre.

La mode, au sens où nous l'entendons, une succession de styles qui se démodent et se remplacent, apparaît lentement à la fin du Moyen Âge, quand les cours européennes se mettent à rivaliser d'élégance et que les silhouettes commencent à évoluer d'une décennie à l'autre. Elle devient un langage social : dis-moi comment tu t'habilles, je te dirai qui tu es, ou qui tu voudrais être.

C'est ce basculement qui nous intéresse, parce qu'il change le rapport au vêtement. À partir du moment où l'on s'habille pour signifier quelque chose, le vêtement cesse d'être un simple objet utile. Il devient un message.

Marie-Antoinette, Rose Bertin, Joséphine : quand la mode devient un système

Il y a des figures qui incarnent ce moment où la mode s'organise. Rose Bertin, la « marchande de modes » de Marie-Antoinette, en est une : une femme issue d'un milieu modeste qui devient la fournisseuse de la reine et impose, de Versailles à l'Europe entière, ses coiffures et ses parures. Elle est l'une des premières à comprendre qu'un style se fabrique, se met en scène et se vend.

Un peu plus tard, Joséphine de Beauharnais, qui a vécu à Malmaison, à quelques pas de la salle où nous étions réunis, fait de sa garde-robe un véritable instrument d'image et de pouvoir. Choisir une robe, c'est déjà faire de la communication.

Puis, en 1858, Charles Frederick Worth ouvre sa maison à Paris et change les règles : le couturier ne suit plus les désirs de la cliente, il propose ses collections, les présente sur des mannequins vivants et signe ses créations. La haute couture est née, et avec elle le système de la mode tel que nous le connaissons : des saisons, des collections, des créateurs.

Avant la fast fashion : des siècles où réparer allait de soi

Voilà ce que ce récit nous apprend, et ce que l'on oublie trop vite : pendant toute cette histoire, le vêtement coûte cher. Il coûte cher en matière, en temps, en main-d'œuvre. Un habit se commande, se garde, se transmet, se retourne, se raccourcit, se rallonge, se reprend.

Réparer n'était pas une vertu écologique, c'était une évidence économique. Les chaussettes se reprenaient, les draps s'usaient au milieu et on les retournait, les cols se changeaient, les manches se rapiéçaient avec le tissu d'un autre vêtement. Dans les familles, savoir tenir une aiguille faisait partie de l'éducation, comme savoir lire ou compter.

✅ Ce que nos grands-mères faisaient en reprenant un bas ou en brodant un monogramme sur un trousseau, ce n'était pas une survivance folklorique : c'était la norme. La nouveauté, historiquement, c'est de ne plus réparer.

Les gestes d'hier, remis à portée de main :
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Le tournant du XXe siècle : quand jeter est devenu plus simple qu'arranger

Ce qui a rendu possible ce renversement tient en quelques évolutions successives. La confection industrielle d'abord, qui démocratise le vêtement. Le prêt-à-porter ensuite, qui s'impose après la Seconde Guerre mondiale et permet d'acheter en magasin ce que l'on faisait faire ou fabriquait soi-même. Puis, à partir de la fin du XXe siècle, la production délocalisée et les collections qui se renouvellent à un rythme toujours plus rapide.

À chaque étape, le prix du vêtement baisse, et avec lui l'intérêt économique de le réparer. Quand une chemise coûte moins cher qu'une heure de couture, la reprise perd son sens comptable. On jette, on rachète, et le geste se perd, pas parce qu'il était difficile, mais parce qu'on a cessé de le transmettre.

C'est le paradoxe de notre époque : jamais l'habillement n'a été aussi accessible, et jamais nous n'avons su aussi peu de choses sur ce que nous portons. Qui l'a fabriqué, avec quelle matière, en combien de temps, autant de questions que, pendant des siècles, quiconque portait un vêtement était capable de se poser.

💡 Reprendre le geste là où il s'est arrêté. C'est précisément ce que nos modes d'emploi illustrés cherchent à rétablir : non pas enseigner une technique nouvelle, mais rendre à nouveau transmissible un savoir-faire qui circulait autrefois de mère en fille, sans manuel ni tutoriel.

Ce que la slow fashion redécouvre d'un geste ancien, et où Green Bobine s'inscrit

C'est ici que l'histoire rejoint le présent. Ce que l'on appelle aujourd'hui slow fashion, acheter moins, mieux, garder plus longtemps, réparer, n'est pas une mode de plus. C'est un retour : celui d'un rapport au vêtement qui a été la règle pendant la plus grande partie de l'histoire, et que la fin du XXe siècle a interrompu.

Green Bobine s'inscrit dans cette continuité. Nos kits de réparation et de broderie ne prétendent pas inventer un geste : ils le remettent à portée de tous, avec le bon matériel et un mode d'emploi pensé pour les débutants. Nos kits de tissage prolongent la même idée pour celles et ceux qui ne se sentent pas à l'aise avec l'aiguille.

Et le fait de les faire fabriquer en partenariat avec des ateliers Esat n'est pas un détail : il rappelle qu'un vêtement, comme un kit, porte toujours la trace de mains humaines.

Notre livre « Réparer, broder, customiser » aussi se veut l'ambassadeur de cette démarche, et ce n'est pas un hasard s'il a été créé et imprimé par les Éditions La Plage, la filiale écoresponsable d'Hachette.

Il y a un bout d'histoire humaine dans chaque vêtement. Le réparer, c'est lui en ajouter un chapitre. La phrase qui clôt notre présentation du cycle « Notre mode »

Le cycle « Notre mode » se poursuit

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